Mercredi 3 février 1999
Diverses mesures relatives à la sécurité routière - Examen du rapport en deuxième lecture
La commission a procédé
à l'examen en deuxième lecture, du rapport
de M. Lucien Lanier sur le projet de loi n°
118 (1998-1999), modifié par l'Assemblée nationale,
portant diverses mesures relatives à la sécurité
routière.
M. Lucien Lanier, rapporteur, a tout d'abord observé
que le Sénat était parvenu à un consensus
sur ce projet de loi en première lecture après des
débats approfondis et qu'il ne proposerait donc pas à
la commission de remettre en cause l'équilibre général
du texte. Il a indiqué que, lors de l'examen du projet
de loi en première lecture, le Gouvernement avait affiché
sa volonté de réduire de moitié en cinq ans
le nombre de tués sur la route. Il a regretté que
cet objectif s'éloigne, l'année 1998 ayant été
marquée par une aggravation de la situation.
Le rapporteur a souligné que face au fléau que constituait
l'insécurité routière, la responsabilité
du législateur, de l'exécutif, mais aussi de l'ensemble
des citoyens était en cause. Il a regretté qu'il
ait fallu dix mois pour que le projet de loi revienne au Sénat
après la première lecture, l'impact du texte n'étant
aujourd'hui plus le même. Il a en outre estimé que
ce projet était déjà dépassé
par la gravité de la situation.
M. Lucien Lanier, rapporteur, a constaté que le
réseau routier, en principe source d'échange et
de vie, devenait en fait un vecteur de mort. Il a estimé
que la société tout entière subissait les
conséquences de cette situation et qu'une politique efficace
de sécurité routière serait au demeurant
sans doute moins coûteuse que les conséquences des
accidents survenant chaque année. Il a indiqué que
les causes de cette situation étaient désormais
bien connues, que de nombreuses études sur ce sujet avaient
été présentées et qu'il était
temps de mettre en oeuvre une véritable politique préventive.
A cet égard, il a regretté que le budget consacré
aux actions de communication en faveur de la sécurité
routière soit très limité. Il a estimé
qu'il était désormais nécessaire de savoir
si l'on souhaitait faire de la sécurité routière
une priorité ou bien s'il s'agissait seulement de limiter
les dégâts.
M. Lucien Lanier, rapporteur, tout en soulignant le manque
de cohésion et d'ambition du dispositif préventif
existant en France, a indiqué que le projet de loi méritait
d'être soutenu parce qu'il mettait l'accent sur le sens
des responsabilités personnelles, quoique de manière
limitée. Il a indiqué qu'il proposerait l'adoption
de la plupart des modifications apportées au texte par
l'Assemblée nationale sous réserve de quelques amendements.
M. Charles Jolibois a regretté la timidité
du dispositif prévu pour le dépistage des stupéfiants
au regard des dispositions du code pénal relatives à
la mise en danger d'autrui. Il a estimé anormal de ne dépister
les substances stupéfiantes qu'en cas d'accident mortel
et sans qu'aucune sanction spécifique ne soit prévue.
Il a observé que la conduite sous l'empire de stupéfiants
pouvait conduire à des comportements constitutifs de la
mise en danger d'autrui et qu'il était donc souhaitable
de dépister de manière beaucoup plus systématique
ces substances chez les conducteurs.
M. Jacques Mahéas a souligné la difficulté
de détecter et de doser certaines substances stupéfiantes.
Il a observé que, dans certains cas, il était difficile
de dire si la présence de stupéfiants était
due à la consommation de médicaments ou à
un usage illégal.
M. Nicolas About a estimé qu'il ne pouvait être
à la fois prétendu que le dépistage des stupéfiants
était possible en cas d'accident mortel et qu'il devenait
impossible dans d'autres situations, en particulier en cas d'accident
corporel.
M. Lucien Lanier, rapporteur, a alors indiqué que
cette question avait fait l'objet de débats approfondis
en première lecture et que la commission des lois avait
proposé d'instaurer une sanction spécifique pour
réprimer la conduite sous l'empire de stupéfiants.
Il a observé que le Sénat avait rejeté cet
amendement au cours du débat en séance publique.
Il a en outre souligné qu'il n'existait pas pour l'instant
de technique de dépistage aussi rapide et simple à
utiliser que pour l'alcool.
A l'issue de cette discussion, la commission a procédé
à l'examen des articles.
A l'article premier (obligation de suivre une formation spécifique
en cas d'infraction grave), M. Lucien Lanier, rapporteur, a
proposé d'accepter les modifications apportées par
l'Assemblée nationale. Il s'est toutefois interrogé
sur l'utilité du rapport au Parlement sur la mise en oeuvre
du dispositif de formation demandé par l'Assemblée
nationale, observant que le Parlement recevait de nombreux rapports
d'un intérêt limité. M. Jacques Mahéas
a estimé que ce type de rapports faisaient partie de la
mission de contrôle de l'exécutif par le Parlement.
M. Robert Badinter a souligné que les demandes de
rapports constituaient une incitation à la bonne application
des textes par l'exécutif. M. Jacques Larché,
président, a déclaré ne pas être
opposé à la remise d'un rapport en l'espèce
tout en estimant que ces rapports remis au Parlement ne présentaient,
bien souvent, guère d'utilité. La commission a décidé
de maintenir le principe du dépôt d'un rapport sur
l'efficacité du dispositif et a adopté l'article
premier sans modification.
A propos de l'article 2 (enseignement et établissements
d'enseignement
de la conduite et de la sécurité routière),
M. Daniel Hoeffel a estimé qu'il était essentiel
d'adopter un dispositif strict pour responsabiliser les établissements
d'enseignement de la conduite, certains exploitants ayant trop
souvent pour unique souci le rendement et la recherche d'une clientèle
nombreuse. Il a souhaité que le législateur soit
vigilant afin de favoriser l'amélioration des conditions
d'enseignement de la conduite. M. Patrice Gélard
a alors souligné que les moniteurs salariés étaient
insuffisamment rémunérés, ce qui pouvait
expliquer pour partie la qualité médiocre de certaines
formations. Il a estimé que les exploitants avaient du
mal à recruter des moniteurs de qualité et qu'il
était nécessaire que ceux-ci soient véritablement
considérés comme des enseignants.
M. Jacques Larché, président, a alors souligné
que la suppression du service national ne serait pas sans conséquence
sur la formation des jeunes à la conduite. Il a rappelé
que nombre d'appelés du contingent obtenaient au cours
de leur service militaire, dans de très bonnes conditions,
le permis poids lourds ou le permis transports publics.
M. Jacques Mahéas a estimé que, dans toute
profession, certaines personnes faisaient preuve d'insuffisance
professionnelle, mais que nombre d'auto-écoles s'étaient
engagées dans un processus de modernisation de l'enseignement
de la conduite.
A l'article 2, la commission a adopté un amendement tendant
à supprimer le second alinéa du texte proposé
pour l'article L. 29-8 du code de la route. M. Lucien Lanier,
rapporteur, a estimé qu'un décret spécifique
pour l'application de cet article était inutile, un décret
étant déjà prévu pour l'application
de l'ensemble du chapitre.
A l'article 2 ter (application aux établissements existants
des dispositions prévues à l'article 2), la commission
a adopté un amendement tendant à prévoir
que le délai à partir duquel les dispositions de
l'article 2 s'appliqueront aux auto-écoles existantes ne
pourra excéder deux ans après l'entrée en
vigueur de la loi. A l'article 4 (élargissement de la responsabilité
des propriétaires de véhicules), la commission a
adopté un amendement rédactionnel.
La commission a ensuite décidé la suppression de
l'article 8 bis (immatriculation des motoneiges) et de l'article
13 (formation au code de la route
pour la conduite d'un quadricycle léger à moteur).
M. Lucien Lanier, rapporteur, a estimé que ces dispositions
étaient de nature réglementaire. A propos des quadricycles
légers, il a rappelé que ces véhicules circulaient
surtout en zone rurale et que leur vitesse était limitée
à quarante-cinq kilomètres-heure. M. Pierre Jarlier
a alors souligné que précisément parce qu'ils
roulaient très lentement, ces véhicules pouvaient
être une source de danger. Il s'est déclaré
partisan de la mise en place d'une formation au code de la route.
M. Daniel Hoeffel a indiqué que les personnes qui
recouraient à ces véhicules avaient souvent été
sanctionnées d'une suspension de permis de conduire, à
la suite d'infractions graves. M. Jacques Mahéas
a estimé qu'il était paradoxal de prévoir
une formation au code de la route pour les enfants et pas pour
les conducteurs de quadricycles légers. M. Patrice Gélard
a alors indiqué que la conduite de ces véhicules
concernait souvent des personnes âgées qui auparavant
avaient conduit des véhicules automobiles et avaient donc
suivi une formation au code de la route. Il a ajouté que
les personnes utilisant ces véhicules à la suite
d'un retrait de permis avaient, par définition, elles aussi
subi une formation au code de la route.
La commission a ensuite décidé la suppression de
l'article 14 (marquage des véhicules à deux roues
non motorisés) après que M. Lucien Lanier, rapporteur,
eut estimé qu'il était de nature réglementaire.
La commission a enfin examiné l'article 15 (contrôle
de la sécurité des infrastructures routières).
M. Lucien Lanier, rapporteur, a observé qu'il était
très difficile de discerner les éventuelles conséquences
juridiques et financières d'un tel contrôle de la
sécurité des infrastructures routières. Il
a exprimé la crainte d'une charge considérable pour
les collectivités locales non consultées au préalable.
Il a proposé de remplacer ce dispositif par un décret
qui définirait les normes minimales applicables pour la
construction des nouvelles infrastructures routières.
M. Jacques Larché, président, s'est opposé
au texte adopté par l'Assemblée nationale, soulignant
qu'il conduirait à terme à une nouvelle possibilité
de mise en cause de la responsabilité pénale des
élus locaux sur des critères non définis.
Il a observé que les préoccupations de sécurité
étaient consubstantielles à la construction des
infrastructures routières. A propos de la proposition de
M. Lucien Lanier, il s'est interrogé sur la notion de normes
de sécurité minimale et sur celle de nouvelles infrastructures,
l'essentiel des travaux routiers consistant en aménagements
ou élargissements.
M. Jacques Mahéas a estimé que le texte adopté
par l'Assemblée nationale ne pouvait être retenu
dans la mesure où il renvoyait la responsabilité
de la sécurité des infrastructures sur les élus.
M. Daniel Hoeffel a observé qu'aucune route aujourd'hui
n'était construite ou modifiée sans prendre en compte
les préoccupations de sécurité routière.
Il a estimé que, compte tenu de la diversité des
infrastructures, il serait impossible de définir des normes
minimales applicables à l'ensemble des routes.
M. Pierre Jarlier a estimé qu'il serait sans doute
souhaitable de mettre en oeuvre des cahiers des charges prenant
en compte la circulation prévisible sur un axe routier.
La commission a alors décidé de supprimer l'article
15 en invitant le rapporteur à attirer l'attention du Gouvernement
sur l'importance d'un dialogue constant entre l'Etat et les collectivités
locales en vue de l'amélioration de la sécurité
des infrastructures routières.
M. Lucien Lanier, rapporteur, a enfin souligné les
difficultés de plus en plus grandes de connaître
le droit applicable à la matière, compte tenu des
renvois à de multiples codes. M. Patrice Gélard
a souligné l'importance des travaux de la commission de
codification. Il a estimé que la distinction entre code
pilote et code suiveur devait permettre de régler nombre
de problèmes, mais a regretté que la codification
connaisse actuellement des difficultés, du fait notamment
de l'encombrement de l'ordre du jour prioritaire des assemblées.
A l'issue de cet examen, la commission a adopté le texte
ainsi modifié.