SES AMIS l'appelaient affectueusement la Fille au miroir. « Parce qu'elle voulait toujours être impeccable. » En mémoire de jessica, 16 ans, fauchée le 23 janvier par un jeune chauffard sur un passage pour piétons à la limite entre Cergy et Vauréal, 100 ballons blancs - symbole de pureté - et violets, sa couleur préférée, se sont envolés samedi après-midi dans le ciel de Cergy. Et avec eux cet appel bouleversant d'une mère en larmes, chancelant sous le poids de la douleur. « A toi, mon bébé. Tu nous manques tellement. Nous ne t'oublierons jamais. » Ce cri de Malika Belmadi a clos dans un grand frisson d'émotion la marche silencieuse contre la violence routière qui a conduit 150 personnes de l'avenue de la Belle-Haumière à la mairie. A quelques centaines de mètres du boulevard de l'Oise, où sa fille a été renversée par une voiture lancée à 110 km/h, alors que la vitesse y est limitée à 50 km/h, et où cinq jeunes ont trouvé la mort en moins de deux ans. Beaucoup de jeunes ont participé à la manifestation. Comme Julie, qui tenait une banderole « Plus jamais ça ». « On a décidé de se battre pour qu'il y ait une prise de conscience, dit-elle. En voiture, je regarde souvent le compteur de vitesse et je dis à mes parents de lever le pied. » Sa copine Joanna, elle, est heureuse qu'« un message incitant à la prudence sur la route, avec la photo de jessica, ait été affiché à l'entrée du lycée de l'Hautil », à Jouy-le-Moutier, où l'adolescente étudiait. La ligue contre la violence routière Val-d'Oise était aussi dans le cortège, aux côtés de deux mamans qui ont vécu un drame similaire. Christine Gratien, dont la fille Mélanie a été tuée en décembre 2000, lors d'une course-poursuite à Pierrelaye, espère faire réfléchir. « Ces drames peuvent être évités », insiste-t-elle. Liliane Cubat dit Cros, dont le fils est décédé en juin 2001, lors d'un choc avec deux motards sur le boulevard de l'Oise, apprécie de son côté modérément que des élus participent à la marche. « Depuis sa mort, nous réclamons que ce boulevard très dangereux soit rétréci à une voie. Il y a eu des aménagements, mais ce n'est pas suffisant. On nous a pris un peu à la légère. Si nous avions vraiment été entendus, jessica ne serait pas morte. » Nasser Belmadi, lui, a voulu voir dans la présence des maires de Vauréal et de Cergy, Bernard Morin et Dominique Lefebvre, un signe d'espoir. Le père de jessica, qui rencontre aujourd'hui Bernard Finance, le sous-préfet chargé de la sécurité routière dans le département, a annoncé samedi la création d'une association portant le prénom de sa fille. Il aimerait que jessica devienne un symbole de la lutte contre la vitesse, comme Marilou peut l'être pour le cannabis au volant.