ILS SE SONT ASSIS au premier rang, comme pour mieux entendre. Ils pensaient que trois ans d'emprisonnement auraient été une « juste sanction » pour l'automobiliste qui leur a enlevé leur fille, le 23 janvier 2003, à la limite de Cergy et de Vauréal. Les parents de jessica sont tombés de haut : Joël, 24 ans, a été condamné hier après-midi par le tribunal correctionnel de Pontoise à quatre ans de prison, avec un sursis de trente mois.
Son permis de conduire a été annulé, mais il pourra le repasser dans deux ans. En attendant, il devra suivre une formation dans un organisme de prévention routière.
Selon le procureur, « son remords fait partie de la sanction » En principe, le prévenu, qui a déjà passé quatre mois en détention préventive après l'accident, doit retourner en prison pendant quatorze mois. Mais il n'était pas à l'audience et la présidente du tribunal, Françoise Bazet, n'a pas demandé qu'il soit placé sous mandat de dépôt. C'est donc le juge des libertés qui décidera de son sort. Pour Nasser et Malika Belmadi, ce n'est pas la peine « exemplaire » qu'ils demandaient, ni la peine « électrochoc » réclamée par leur avocate et que Joël se disait d'ailleurs prêt à subir. Il y a un mois, lors de son procès, il avait passé deux heures en larmes. « J'étais un véritable abruti, je croyais la route à moi, je ne voyais pas le danger, a-t-il répété. Je veux payer. » Le soir du drame, ce « fou de voiture », récidiviste de l'excès de vitesse, n'avait plus que cinq points sur son permis. Pourtant, il rentrait chez lui en roulant à plus de 100 km/h sur le boulevard de l'Oise. Il aurait dû être à 50 km/h. jessica, 16 ans, revenait d'un baby-sitting et traversait à un passage pour piétons à l'entrée du rond-point du Golf lorsque la Mégane 16 soupapes de Joël l'a percutée. Il venait de passer tous les rapports. Ses coups de volant et de frein à main n'ont pas suffi. Projetée à 28 m, l'adolescente est morte peu après l'arrivée des secours. Le procureur de la République n'avait trouvé aucune circonstance atténuante à ce « délinquant de la route ». Mais il avait entendu ses excuses répétées à la famille de jessica et son émouvant repentir. « Son remords fait partie de la sanction. Lui aussi devra vivre avec ça », avait déclaré Catherine Briet-Hemas à l'issue de l'audience, réclamant à son encontre quatre ans de prison, dont deux avec sursis - alors que la peine maximale est de cinq ans -, et quatre années avant qu'il ne puisse repasser son permis. En deçà de ce réquisitoire, le jugement rendu hier porte la mesure que demandait l'avocate du chauffard autoproclamé. Il y a un mois, Caty Richard le défendait ainsi : « Il n'était pas drogué, il n'avait pas bu, il ne voulait pas faire de mal. Il voulait juste aller vite » et dénonçait « un boulevard pousse au crime ». Hier, elle parlait d'un jugement « rendu sereinement ». « Il n'est pas exemplaire, pas clément pour autant... Mais la justice n'est pas faite pour être exemplaire. »